mardi 4 octobre 2011

L'équation africaine - Yasmina Khadra


Le docteur Krausmann mène une vie équilibrée, heureuse avec son épouse cadre dans un grand groupe industriel allemand. Depuis quelques semaines, il la sent un peu plus tendue et distante que d’ordinaire sans y voir rien de grave. Un soir, il rentre un peu plus tard et ne trouve pas signe de vie dans l’appartement bien que certains effets soient restés posés sur le divan. Il se prépare pour la nuit rentre dans la salle de bains et oh ! stupeur ! dans la baignoire gît le cadavre de sa femme morte. Quel choc ! Quelle horreur ! quel désespoir ! Il ne vit plus, se morfond, s’abandonne et ne revoit que peu d’amis dont Hans riche industriel, veuf aussi et qui se consacre à des actions humanitaires. Celui-ci lui propose de l’accompagner aux Comores où il doit installer un hôpital. Pour varier, ils partent de Chypre en voilier. Ceci les mène dans le golf d’Aden où le voilier est  agressé par des pirates qui les emmènent en otages.

Alors commence une description extraordinaire de la vie de ces groupes où se mêlent toutes sortes d’aventuriers aux buts inavoués mais surtout à survivre et c’est la description de la vie africaine de base.


Par un heureux  hasard, ils sont 2 otages à pouvoir s’enfuir et retrouver une ONG en activité dans le secteur. Des liens se créent entre le docteur Krausmann et une consoeur suédoise. Bien évidemment, le chef de camp utilise les compétences de ce nouveau bénévole et la vie s’organise jusqu ‘au rapatriement administratif du docteur Krausmann. Là, c’est à nouveau l’ennui et une indolence très
grande. Un soir, il reçoit n mail d’Helena, sa consoeur suédoise qui lui envoie quelques photos de leur vie au Soudan et c choc, il comprend que sa vie est désormais là bas. Il entreprend les démarches  auprès de la Croix Rouge pour devenir bénévole au Soudan….

Très bon roman, bien écrit avec une conduite de scénario parfaite. La lecture nous permet de découvrir toutes sortes de personnages dont la brute la plus barbare mais qui sait…

mardi 27 septembre 2011

Live in Italy (CD) – Cecilia Bartoli



Une fille dans une robe rouge immanquable qui arpente la scène, pas svelte, un sourire jusqu’aux oreilles, un regard complice aux musiciens, un clin d’œil à quelqu’un repéré dans le public et hop ! c’est parti : Agitata da due venti. (Et si vous n’êtes pas familier du classique ou du lyrique, commencez votre écoute par là ; autant être stupéfié tout de suite.) La réaction de la salle ne s’est pas faite attendre : applaudissements frénétiques, tapements des pieds, euphorie générale, une salle complètement conquise et surexcitée (un public d’opéra ? eh oui, ça peut donc être cela aussi, un public d’opéra !).

C’était la première fois que je voyais Cecilia Bartoli, c’était à la télévision dans ce programme de 1998 au Teatro Olimpico di Vicenza. Je regardais à cause du théâtre de Palladio, pas pour la chanteuse. Oui, mais voilà, je suis restée subjuguée. Pas seulement par la voix (ronde, riche, pleine de couleurs) et la technique époustouflante (comme si tout coulait tout naturellement !), il y avait autre chose, une sensation que la personnalité de Bartoli pouvait faire passer ; un mélange particulier de joie, de plaisir – plaisir à chanter, ou à vivre peut-être – et d’émotion ; quelque chose qui existe dans l’œil et la gorge de Bartoli et qui rend heureux. Cette petite magie qui produit un charme, une séduction, bien au-delà des critères communs en la matière, c’est une sensibilité, une sincérité et une vulnérabilité aussi, avec ces grands sourires pour rempart, quelque chose à fleur de peau et qui fait frissonner l’autre. C’est tout bonnement la maîtrise d’un art qui s’exprime ainsi.

Dans cette captation réalisée à Vicence, Bartoli est là toute entière. Pourtant, c’était juste avant. Avant l’album Vivaldi (mais l’agitata, c’est du Vivaldi !) et l’explosion d’un véritable phénomène. Car effectivement, un an plus tard, l’inimaginable est arrivé ; à elle, mais à nous aussi. Le talent et le travail qui parviennent au pouvoir, le génie qui s’impose, l’art qui fait plier le marketing ; on se pince. Mais c’est qu’elle est magique pour de vrai, Cecilia Bartoli. Depuis lors, il y a eu des millions de disques vendus, un public plus populaire qui se déplace, un public rajeuni même. Et pas une concession. Pas de stades, ni d’arènes, pas de mélange des genres, pas de « je m’arrange avec la partition », pas d’à peu près, ni même de « je vous sers ce que vous connaissez par cœur ». Mais du neuf ! Du neuf de deux siècles ou plus, certes ! Mais du pur, du dur, du solide. C’est du « je vais vous faire découvrir » ; c’est de l’enthousiasme, de la culture, du partage… et c’est jouissif ! Allez donc écouter son Opera proibita avec Marc Minkowski.

Ce disque « Live in Italy », conçu encore comme une ‘carte de visite’, contient une partie récital voix-piano (Thibaudet, pas moins) et une partie concert baroque avec un ensemble qui joue sur instruments anciens, et cela n’est pas caprice ou snobisme de spécialiste, c’est tout simplement que les périodes ont un son, des couleurs et que la voix de Bartoli appartient au XVIIIe siècle. C’est comme ça. Petite, colorée, agile, précise, virtuose disons-le ; elle ne passera jamais le mur du son imposé par la deuxième moitié du XIXe siècle. Son répertoire naturel est celui d’avant ; elle n’est pas faite pour dépasser les années 1830. Dans ce disque live, vous aurez donc même ce qui était une fausse piste : un petit bout de Carmen. Mais c’est en fin de concert, peut-être pour nous prouver que si elle le voulait vraiment Bartoli aussi pourrait faire comme les autres. Mais son chemin n’est pas celui-là. Alors elle vient nous prendre par la main, nous emmener dans son univers, dans la musique et la poésie, toutes deux mêlées inextricablement, et nous montrer que c’est beau. Oui finalement, peut-être seulement cela : beau.

Caroline Vatan.

Du domaine des Murmures - Carole Martinez

  !! Coup de coeur du Comité !!                               



Au XIIe s., Esclarmonde, gente damoiselle, après avoir scandaleusement refusé de dire oui le jour de son mariage, choisit d'épouser le Christ et de vivre en recluse, emmurée dans une cellule du domaine des Murmures dont son père est le seigneur.
Violée juste avant sa réclusion, elle mettra un enfant au monde dans sa cellule. Sa vie ne sera qu'un enchaînement d'évènements lumineux, fantastiques ou violents, de secrets révélés.
Elle devient un objet de culte dans une époque de religiosité et de superstition, tandis qu'un mystérieux pouvoir lui permet de suivre les pérégrinations de son père parti en croisades.

Alliant le style de la littérature chevaleresque et du roman courtois, sans couleur locale de pacotille, cet ouvrage ressuscite la mentalité médiévale, empreinte de merveilleux.
Art de conter, style poétique et flamboyant, superbes évocations (la fresque macabre de la croisade ou les douceurs de la maternité), un bonheur de lecture.
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Prix Goncourt des lycéens 2011
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Du même auteur, nous avons aussi:

Le Coeur cousu

Le Turquetto - Metin Arditi


Lors d'un prêt pour une exposition, le tableau "L'Homme au gant" (musée du Louvre) attribué au Titien révèle une anomalie: le T n'est pas de la même encre et de la même écriture que le reste de la
signature. Partant de ce constat, l'auteur imagine l'existence d'Elie Soriano, juif né à Constantinople, fou de dessin, qui partira à Venise où il se dira chrétien pour entrer dans l'atelier du Titien (qui le surnommera le Turquetto) et devenir le plus génial peintre de l'époque. Mais accusé d'hérésie par l'Inquisition il sera condamné et toute son oeuvre détruite dans un autodafé.
Pourquoi son tableau "L'Homme au gant" est-il signé du Titien? Lisez le livre et vous le saurez!

C'est un roman d'intrigue bien mené, très prenant, enrichi d'une réflexion sur les rapports de l'art avec le pouvoir politique et religieux.
Et le plaisir d'errer dans le Bazar de Constantinople ou dans les ruelles de la Venise du XVIe s. au gré de l'existence mouvementée du protagoniste n'est pas le moindre.

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Du même auteur, vous trouverez aussi à la bib :

La Fille des Louganis
La Pension Marguerite
Loin des bras

mardi 20 septembre 2011

Sunset Park - Paul Auster



Taraudé par la culpabilité après la mort accidentelle de son demi-frère Bobby, Miles Heller a quitté sa famille, abandonné ses études, et travaille, en Floride, à débarrasser les maisons désertées par les victimes des subprimes. de Pilar, une très jeune fille d'origine cubaine, Miles est passible de détournement de mineure, et obligé, encore une fois, de partir. Il s’installe à Brooklyn où son fidèle ami Bing squatte une maison délabrée de Sunset Park, en compagnie de deux jeunes femmes fauchées. Alice, thésarde talentueuse, et Ellen, une artiste qui cherche dans la peinture une raison de survivre. Elles sont aussi condamnées à vivre en marge de la société par l'impossibilité d'exprimer ou de faire valoir leurs talents respectifs. 

Miles va-t-il renouer avec sa famille ? Pourra-t-il vivre son grand amour avec Pilar ?

Que vont devenir Bing, Alice, Ellen et les autres personnages de ce roman ?


Paul Auster décrit avec mélancolie, certes, la jeune génération américaine mais aussi leurs parents et la difficulté à vivre. Ce roman est intéressant car on découvre d’une part, différents aspects de la société américaine actuelle et d’autre part, des personnages attachants qui livrent leurs sentiments et leurs pensées. Quelques pages relatives aux résultats sportifs auront certainement davantage passionné les lecteurs américains mais l’auteur sait bien les utiliser autrement….

Paul Auster écrit bien et analyse avec beaucoup de psychologie ses personnages.


C’est un BEAU roman finalement plein d’ESPERANCE.

La guerre des...

La nouvelle guerre des boutons : le nouveau film!
La guerre des boutons : le film!
La guerre des boutons : le film, mais celui d'avant!

Et si vous retourniez à l'original?

La guerre des boutons : le livre!



La Fille tombée du ciel - Heidi W. Durrow


L’histoire, en partie autobiographique, raconte par le truchement de multiples narrateurs la vie d’une jeune fille métisse qui grandit dans les années 80 aux Etats-Unis et doit faire face au racisme tant des noirs que des blancs.
La jeune Rachel s'écrase au sol en compagnie de Robbie, son frère, Ariel, le bébé, et Nella, sa maman. Ont-ils sauté du 9e étage de cet immeuble de Chicago, ont-ils été poussés ? Cette intrigue nous tiendra en haleine jusqu'à la fin du roman. Rachel sera la seule à s’en sortir vivante. Le petit voisin du dessous, Jamie les a aperçus et est hanté par ce qu’il a vu par la fenêtre. Il veut revoir Rachel et se rend à l’hôpital, où il rencontre Rog, le papa de Rachel, un Noir comme lui, qui lui apprend l’harmonica et lui révèle un secret que Jamie devra raconter à Rachel à son réveil.
Quand elle sort de l’hôpital, elle part vivre à Portland avec sa grand-mère paternelle et sa tante Loretta. Là, elle se rend compte qu'elle est noire, car avant ça, la couleur ne comptait pas. Il va pourtant bien falloir que Rachel trouve sa place entre Noirs et Blancs, elle qui a la peau claire et les yeux bleus de sa maman danoise. Mais son père n’est plus là, il n’est jamais venu la voir chez sa grand-mère, peut-être est-il mort, Rachel ne sait rien, nous non plus. Elle ne sait pas bien non plus ce qui s’est passé sur le toit, y avait-il quelqu’un, sa maman a-t-elle sauté ? Pas facile dans ces cas-là de devenir une jeune fille, de se forger une personnalité. Pour se protéger Rachel garde au plus profond de son corps ce qu'elle appelle sa bouteille en verre bleu dans laquelle elle a enfermé tout ce qui lui fait mal. Jamie, lui, traumatisé changera de nom, il deviendra Brick et partira sur les routes américaines pour enfin un jour retrouver la jeune fille. Osera-t-il lui raconter le secret de son père ? Cette révélation libérera-t-elle Rachel des ombres de son passé ?
Rachel confrontée au racisme, aux questions sur son passé et son identité, devra s’adapter à sa nouvelle vie et trouver sa propre voie.
C'est à la fois une tragédie mais surtout un roman d’initiation sensible, plein de poésie et de vie et qui dresse le portrait juste et touchant d’une jeune fille en quête de son identité.
J'ai beaucoup aimé ce superbe roman d'apprentissage à la fois moderne et poétique où la jeune fille tombée du ciel prendra un jour son envol.

A écouter sur France Bleue Auxerre : ici