"À vingt ans, Arthur Rimbaud a déjà écrit Le bateau ivre, mais il estime
que "l'art est une sottise". À la vie de poète, il préfère l'existence
d'aventurier. D'errances en séjours prolongés, il se rend à Java, à
Chypre, puis s'installe en Afrique où il se lance dans le commerce. Il
vit entre Aden et le Harar, importe et vend toutes sortes de choses
avant de se transformer en pourvoyeur d'armes pour le roi du Choa,
Ménélik. C'est pour ce roi également que travaille Alfred Ilg, un
ingénieur suisse qui finira Premier ministre du souverain. Les deux
hommes font connaissance, éprouvent de l'estime l'un pour l'autre et
correspondent de 1888 à 1891, année où Rimbaud meurt d'un cancer.
Ces
trente-cinq lettres, découvertes par la fille de Ilg, sont à la fois
amicales et professionnelles. Écrites à une époque où Arthur Rimbaud a
abandonné la poésie mais ébauche une carrière de reporter, elles
révèlent une facette surprenante de ce personnage. Elles nous permettent
surtout de pénétrer dans le quotidien africain du poète."
Dans ce deuxième volume des Années glorieuses de
Pierre Lemaitre, on retrouve la famille Pelletier. Autour de cette famille l’auteur
nous parle de temps forts et moins forts des années d’après la Deuxième Guerre
mondiale. L’action se situe en 1952 (le
début des trente glorieuses).
Comme dans «Le grand monde »,
l’auteur tisse avec une grande habileté une série d’événements qui cette fois sont
abordés d’un point de vue sociologique : la réalisation d’un barrage hydraulique
au service de la fée électricité avec les conséquences humaines ; les lois
antiavortements avec les souffrances des femmes et les risques encourus ;
la mise en place d’un grand magasin d’habillement avec les luttes ouvrières ;
le travail des journalistes de la presse écrite avec les cas de conscience et
la recherche de la vérité ; le sport de haut niveau avec son lot de
corruptions… Pour pimenter le tout, Geneviève,
l’épouse de Jean est un personnage exécrable, manipulateur et autoritaire. Pour
la détester encore un peu plus, elle est maltraitante avec sa fille.
Même si on n’a pas lu « Le
grand monde » on apprécie ce roman où l’écrivain, grâce à une écriture
réaliste et vive, à un scénario mêlant intrigues policières, saga familiale ou
destins individuels nous fait réfléchir sur d’importantes transformations de
cette époque.
Coup de cœur
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L’histoire : Irène est une française émigrée en
Allemagne en 1990 après s’être mariée avec un Allemand. Elle a divorcé à la
naissance de son fils, Hanno. Ce dernier a 20 ans, ce qui lui permet de
s’impliquer davantage dans son travail d’investigation à l’ITS, International
Tracing Service situé au cœur de l’Allemagne à Bad Alrosen, ville au passé
particulièrement nazi.
On lui confie le 27 octobre 2016 (oui, on est bien en
2016), une nouvelle mission : retrouver les descendants des déportés pour
leur remettre des objets dont le Centre a hérité lors de la libération des
camps : mouchoirs brodés, jouets pour enfants, médaillons, lettres… Elle
mène plusieurs enquêtes à la fois.
Irène, le personnage principal, est très attachante et
investie dans son travail. On surmonte avec elle les difficultés pour
résoudre de nombreux mystères. Elle nous fait voyager à Varsovie, Paris,
Berlin… et même l’Argentine pour rencontrer les familles et écouter leurs témoignages.
L’auteur, Gaëlle Nohant, a étudié une importante
documentation de l’ITS qui existe vraiment sous le nom de « Archives
Alrosen ». Elle a su romancer toutes les histoires recueillies tout en
rappelant les faits réels et historiques. Elle évoque bien sûr les camps de
concentration et les vols d’enfants.
C’est un beau roman très dense, bien écrit et
intéressant. Même quand on beaucoup lu sur la barbarie nazie, on en découvre
encore les conséquences aussi bien sur les descendants que sur les Allemands
contemporains.
Ce roman est profondément ancré dans l'espace et dans le temps.
Une ferme totalement isolée dans la campagne du Cantal. 3 chapitres. 3 personnages. 3 espaces temporels très précis: samedi 10 et dimanche 11 juin 1967; dimanche 19 mars 1974; jeudi 28 octobre 2021.
Le premier chapitre est consacré à la mère, une femme usée (à 30 ans!) saccagée, le ventre scarifié par les cicatrices de trois césariennes rapprochées, marquée par les coups de son mari et tellement déconstruite que l'auteur ne lui donne pas de prénom. Cabossée par l'existence, elle se laisse aller et cache son malheur par orgueil, par refus d'avouer son échec et par incapacité à s'exprimer. Jusqu'au jour où elle décide de ne pas retourner à la ferme auprès de son mari qui lui répète qu'elle est grosse, paresseuse et qu'elle "pue" à tel point qu'elle finit par se comparer à "une vache". Elle a peur de lui et veut protéger ses trois enfants de la rage de cet homme. Elle restera chez ses parents.
Le deuxième chapitre nous fait pénétrer dans la rumination du père une nuit d'insomnie. Sept ans plus tard. Il a divorcé, s'occupe de la ferme et essaye d'expliquer (de justifier?) son comportement envers une femme qu'il n'aime plus et qu'il méprise. Même si le lecteur ne l'excuse pas, il comprend mieux le personnage qui se complexifie et l'auteur évite ainsi un manichéisme simpliste opposant la victime et le bourreau.
Le dernier chapitre, très court, se situe après la mort du père. Claire la deuxième fille, revient à la ferme pour signer l'acte de vente. Elle quitte définitivement le lieu de son enfance, sans nostalgie, en emportant ses souvenirs.
Cela pourrait paraître une histoire banale dans un milieu campagnard ordinaire.
Mais c'est un roman remarquable dont la force tient dans la brièveté, la sobriété et dans une écriture lapidaire et ciselée qui dit l'essentiel en quelques mots choisis et placés avec le plus grand soin.
On a tendance à le dévorer mais il faut prendre le temps d'en savourer la beauté.
Hiver 1943. Vadim, un Parisien âgé de 12 ans, est envoyé par ses parents à Vallorcine dans une famille d'accueil pour soigner ses crises d'asthme. Par prudence, pour cacher ses origines juives, il s'appellera désormais Vincent.
Lorsqu'il arrive en plein hiver, il est sidéré par le spectacle de la montagne et par les étendues éblouissantes de la neige; c'est un univers nouveau qui s'ouvre à lui. Sensible, observateur, poète, tous les sens en éveil, il est hypnotisé par tant de beauté dont les livres et l'école ne lui avaient pas révélé l'existence. Et c'est une suite émerveillée de premières fois au rythme des saisons: déneiger un col, faire du ski, mener les bêtes aux alpages, voir naître un veau, apprendre les noms de fleurs et d'animaux inconnus.
Vincent découvre un monde auquel il adhère de tout son être. Dans cette quête, il est guidé par une fillette du pays, Moinette, qui lui sert de passeuse et d'initiatrice avec affection et une douce ironie devant ce garçon venu d'un autre monde que le sien.
Mais les nuages s'amoncellent et le danger menace pour l'enfant juif. Vallorcine aura été une parenthèse enchantée. il faudra à nouveau fuir et chercher refuge ailleurs.
L'auteure traduit à merveille le regard ébloui et l'épanouissement de cet enfant émotif qui dessine ce qu'il ressent et donne des couleurs aux mots.
Un très beau récit d'apprentissage débordant de poésie, de tendresse et d'émotion dans un décor sublime.
L’histoire : Sabyl Ghoussoub tente de raconter la
vie de ses parents qui ont quitté le Liban après leur mariage en 1975 pour se
rendre à Paris. Il entreprend aussi de comprendre l’histoire du Liban. Les
personnages sont les frères et sœurs de ses parents et sa propre sœur Yala.
Lors de la conception de ce livre, l’auteur se heurte
à de nombreuses difficultés qu’il nous explique volontiers. Tout d’abord, dans
sa famille, les silences et les contradictions ne manquent pas pour décrire les
évènements. Puis, le Liban lui apparaît dans sa complexité politique et
religieuse : qui tire sur qui ? qui s’allie avec qui ? contre
qui ? Il informe le lecteur à partir de témoignages familiaux, de recherches
documentaires et de visionnage d’archives. Il a aussi vécu au Liban.
De nombreuses anecdotes enrichissent ce livre en
particulier « l’analyse chimique de la femme » réalisée par son père
qui est hilarante ! L’auteur liste aussi les assassinats et attentats politiques…
Le récit est décousu et ne respecte pas l’ordre chronologique. En fait, Sabyl
Ghoussob nous transmet avec émotion et parfois quelques longueurs l’amour qu’il
porte à sa famille déracinée tout en évoquant les difficultés de l’immigration
et de l’intégration.